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Jeudi, 11 janvier, 2018

DU NOUVEAU DANS LE TRAITEMENT DE L'HÉMOPHILIE

Les traitements actuels de l’hémophilie reposent sur les concentrés de facteur antihémophilique, qui sont très efficaces, mais ont deux inconvénients : d’une part ils ne sont utilisables que par voie intraveineuse et d’autre part ils ont une demi-vie courte, 10 à 15 heures pour le facteur anti-hémophilique A, 29 à 33 heures pour le facteur anti-hémophilique B. ceci contraint, pour appliquer un traitement prophylactique a faire des injections au minimum 3 IV 3 fois par semaine pour le F VIII et 2 fois par semaine pour le F IX.

1 Amélioration des concentrés de facteur VIII et IX


Les progrès les plus récents ont consisté à produire des facteurs VIII et IX à demi-vie prolongée : EloctaR à demi-vie augmentée de 1,5 fois et AlprolixR ou IdelvionR à demi-vie prolongée de 4 à 5 fois. Pour ces derniers produits, le progrès est considérable : il devrait permettre de faire des prophylaxies à une injection tous les 7 ou 10 jours voire 14 jours, ce qui permettrait chez les jeunes hémophiles d’éviter le recours aux chambres implantables.


Des progrès plus impressionnants se profilent : 


- un facteur IX intitulé rFIXc-XTEN qui pourrait être utilisé par voie sous-cutanée
- un facteur VIII intitulé rFVIIIFc-XTEN dont la demi-vie serait de 25 heures ce qui permettrait de passer à deux injections par semaine pour la prophylaxie.

2 Nouvelles approches sans facteur VIII


Un médicament initialement destiné aux patients avec inhibiteurs pourrait être utilisé chez les hémophiles A sans inhibiteur. Il s’agit d’un anticorps appelé emicizumab qui dans le processus de coagulation prend la place du facteur VIII et permet à la coagulation d’un hémophile A de se dérouler normalement. Ce produit qui a déjà obtenu une autorisation d’utilisation aux Etats Unis pour les hémophiles avec inhibiteur  s’utilise par voie sous-cutanée, au rythme d’une fois par semaine. Les essais encourageants de ce médicament chez l’hémophile sans inhibiteur permettent d’envisager son utilisation pour les patients en 2019.  La possibilité de traiter l’hémophilie A avec une injection sous-cutanée par semaine est un bel espoir pour les patients.


D’autres produits, utilisables par voie sous-cutanée sont en développement, il s’agit d’anticorps ou de produits dits anti-sens qui créeraient un déficit en inhibiteurs de la coagulation : anti-antithrombine ; anti-anti TFPI. Les essais sont en cours.

3 Vers la guérison de l’hémophilie ?


L’idée de guérir l’hémophilie par thérapie génique est ancienne mais n’avait à ce jour n’avait donné que peu de résultats. Des progrès considérables ont été réalisés grâce à l’utilisation de nouveaux vecteurs. Un mot d’explication : l’hémophilie est due à l’absence ou au mauvais fonctionnement d’un gène, gène du F VIII ou du F IX. Un gène est un fragment d’ADN, présent dans les cellules, et qui commande la fabrication par ces cellules du F VIII ou du F IX.  Les vecteurs sont des particules virales sur lesquelles sont « greffées » le gène du facteur VIII ou du facteur IX. Ce virus, inoffensif pour l’individu à qui on l’injecte va porter le gène du F VIII ou du F IX à l’intérieur des cellules du foie du receveur. Les cellules ainsi infectées (on parle plutôt de transfection pour différencier des infections classiques qui seraient dangereuses) se mettent à produire du F VIII ou du F IX. Dans certains essais récemment publiés ou présentés en congrès, des hémophiles ont vu leur taux de facteur anti-hémophilique se normaliser et ont pu arrêter tout traitement. Cet espoir est considérable, mais il reste à savoir si ce succès sera durable dans le temps, et non dangereux à long terme. En outre les coûts de ces traitements seront très élevés. Néanmoins il est certain qu’une partie de l’avenir de l’hémophilie passe par la thérapie génique et un espoir de guérison de cette maladie congénitale.